Le temps était lourd, l'atmosphère oppressante. Des nuages, lourds d'énergie, noircissaient le ciel. Sur la plus haute côte, surplombant la capitale de la province d'Alcouo et la mer agitée, le palais royal semblait être la proie des esprits.
C'était un bel édifice de pierre grise, qui recouvrait une surface de plusieurs hectares à lui seul. L'aile ouest, face au large, était réservée aux appartements de la famille royale. Dans la partie nord se trouvaient les bâtiments de l'administration, notamment le bureau de la reine et celui du vizir. L'aile est abritait les écuries royales, les cuisines et les appartements des domestiques. La salle du trône, le tribunal du vizir et surtout le temple de la déesse Galfée, maîtresse des destinés et protectrice de la couronne royale se trouvaient dans l'aile sud. Tout le palais étaient entourée de jardins qui étaient à eux seuls un enchantement.
Parfaitement entretenus par une armée de jardiniers, les chemins de marbre clair étaient bordés de bosquets de fleurs aux parfums délicats, d'arbres aux fruits savoureux et de grands bassins d'eau claire dans lesquels se côtoyaient plusieurs espèces de poissons aux couleurs chatoyantes.
Le palais, les jardins, tout était protégé par des murailles solides. Hautes de trente pieds et épaisses de quinze, elles formaient un barrage efficace contre d'improbables envahisseurs. Des tourelles, positionnées régulièrement le long du chemin de ronde, assuraient une surveillance étroite. L'emplacement même du palais rendait toute attaque surprise impossible : au sommet d'une côte, trop en hauteur pour craindre de quelconques projectiles, il était protégé au nord, à l'est et à l'ouest par la mer. La grande porte pouvait à tout moment se refermer, transformant le palais royal en forteresse imprenable.
De son bureau, Uxora, reine du royaume de Wora observait la mer. A vingt-cinq ans, la jeune femme était une souveraine incontestée. Sa frêle silhouette trompait ceux qui ne la connaissaient pas. Mais qui ne la connaissait pas ? Sa réputation avait dépassé les frontières. De sa voix calme, elle prononçait les paroles justes. Par son maintien noble et droit, qu'elle avait hérité de son père, elle imposait le respect. Son regard couleur outre-mer transperçait ses interlocuteurs, lisait dans leur âme. A douze ans, quand elle avait accédé au trône, elle avait repoussé les envahisseurs qui menaçaient les frontières et maintenu la paix. Elle était respectée des fonctionnaires et des prêtres autant que des soldats.
La porte de son bureau s'ouvrit, laissant la place au précepteur de sa cadette, Pyra. C'était un homme d'une quarantaine d'années, cultivé mais l'air satisfait de lui-même. En bref, le parfait courtisant. Même si, pour le moment, il paraissait inquiet.
« - Courage, Force et Sagesse Majesté, commença-t-il en employant la formule de salutation.
- De même, répondit Uxora. Que voulez-vous ?
- C'est à propos de votre s½ur, Pyra.
- Dépêchez-vous je vous prie. Je me doute bien que vous ne venez pas m'expliquer le fonctionnement des écuries.
- Majesté, je doute que votre s½ur ait les capacités d'écoute et de concentration nécessaire à son apprentissage et ...
- Il suffit. Je sais parfaitement que ma s½ur n'est pas une élève facile. Je remarque d'ailleurs qu'elle n'est pas avec vous. J'en déduis donc qu'elle a encore réussi à vous fausser compagnie. Je pensais cependant qu'un homme de quarante ans aurait assez d'endurance pour canaliser l'énergie d'une gamine de douze ans.
Au fur et à mesure qu'elle parlait, elle voyait le courtisan de plus en plus ratatiné sur lui-même.
- De toute façon, cela fait plusieurs semaines que je vous
observe. A chaque fois, je n'ai vu que l'incompétence la plus flagrante. Aussi ai-je déjà pris ma décision, pour elle comme pour vous. Je vous nomme adjoint du directeur de la bibliothèque royale. Espérons que la compagnie des livres ne vous épuisera pas trop, ajouta-t-elle avec un sourire légèrement ironique.
Son secrétaire lui tendit l'ordre de nomination, où Uxora apposa son sceau. Elle le tendit à l'ex-précepteur.
- Vous vous présenterez dès demain au seigneur Sénn, le directeur de la bibliothèque royale, et vous vous placerez sous ses ordres.
L'homme, visiblement effondré, eut encore la présence d'esprit de s'incliner et de murmurer quelques paroles de salut.
Dès qu'il quitta la pièce, elle congédia son secrétaire, s'assit à son bureau et commença à se masser le visage. Le premier coup de tonnerre, violent, inattendu, la fit sursauter. Elle alla vers sa fenêtre pour contempler la mer en furie. C'était un spectacle dont elle ne se lassait jamais. La pluie commença à tomber, de plus en plus fort. Les vagues s'écrasaient avec force sur les rochers et sur la plage toute proche, donnant au paysage une apparence magnifique de fin du monde.
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